Portraits Violonistes
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Pour notre tout premier portrait de violoniste, nous avons choisi de vous parler d’un violoniste véritablement populaire: Stuff Smith, qui est de ceux qui sont à l’avant-garde de leur époque et dont la musique, encore aujourd’hui, dépasse les limites préétablies.

C’est une expression des plus vivantes que l’on entend de son violon. A l’écouter, on devine qu’il chérissait intensément son instrument et qu’avant tout, il savait l’écouter. Le hasard veut qu’aujourd’hui même, cela fasse très exactement 45 ans qu’il s’est éteint, un 25 septembre, en 1967. Nous sommes heureux de lui rendre cet hommage et de montrer que son violon et sa musique sont toujours aussi vivants et appréciés.


Stuff Smith – Hezekiah Leroy Gordon Smith
Violoniste, Chanteur et Compositeur Américain
(Portsmouth, Ohio, USA 14 août 1909 / Munich, Allemagne, 25 septembre 1967)


Comme tous les précurseurs qui franchissent les frontières pour ouvrir de nouvelles voies, Stuff Smith eut à souffrir des critiques et de la mécompréhension de certains de ses contemporains. Ceux-ci étant, comme souvent, incapables de percevoir une vision et un chemin qui les dépassent de loin.

C’est dans la petite ville de Portsmouth, au sud de l’Ohio, que Hezekiah Leroy Gordon Smith a vu le jour le 13 août 1909, cependant, c’est à Cleveland qu’il passa son enfance. C’est son père, coiffeur de métier, mais aussi musicien, et même, boxeur amateur, qui lui donna ses premières leçons de musique et l’encouragea à l’étudier. Il lui offrit son premier violon alors que le petit Hezekiah avait tout juste 7 ans. Il commença par la musique classique mais, il racontait lui-même que très rapidement, après avoir entendu Louis Armstrong jouer de la trompette, il décida de se consacrer au Jazz. Bien qu’ayant reçu une bourse pour pouvoir étudier à la prestigieuse Johnson C. Smith University de Charlotte, il n’y resta pas et choisit de vivre de la musique. En 1924, il n’a que 15 ans quand il rejoint la troupe "Aunt Jemina Revue" qui présentait un spectacle de ménestrel et part pendant deux ans en tournée avec elle en tant que danseur et violoniste.

En 1926, il est engagé par le "Alphonse Trent’s Band" basé à Dallas, du nom de son directeur, éminent pianiste, auprès duquel il restera 4 années en tant que chanteur et violoniste. D’autres valeurs composaient ce groupe tels que Charlie Christian (premier virtuose de la guitare électrique dans le Jazz), Harry "Sweets" Edison et Herbert ‘’Peanuts’’ Holland. Leur musique puisait sa source dans la tradition populaire profondément ancrée dans cette région, cultivant l’improvisation, un style de pur blues aux racines du jazz, différent du jazz plus arrangé et policé de la côte Est. Pendant cette période, il fera un rapide aller-retour auprès du "Jelly Roll Morton" ou "Morton’s Band", dont il reviendra frustré après qu’on lui ait dit que l’on ne pouvait entendre son violon sur le son dense du groupe.

En 1930, il se marie, s’installe à Buffalo, NY, et monte son propre groupe. Il fait équipe avec le trompettiste Jonah Jones qui deviendra son ami pour la vie et le batteur Cozy Cole, se produisant souvent en trio, remportant un vif succès et gardant à l’œil la Grande Pomme (New York). C’est à la fin de 1935, quand la chanson "I’se a Muggin" qu’il a composée, rencontre un grand succès et tombe dans l’oreille du saxophoniste et impresario Dick Stabile que le succès se présente. Celui-ci fait entrer le groupe au Onyx Club de la 52ième Rue, qui prendra le nom de "Smith and his Onyx Club Boys" qui comprend toujours Jonah Jones, Cozy Cole, ainsi que le clarinettiste Buster Bailey et le pianiste Clyde Hart. C’est à cette époque qu’il adopte le violon amplifié : il est le tout premier au monde. Ils jouent très régulièrement au club jusqu’en 1938. L’attraction principale étant Stuff Smith lui-même et sa débordante excentricité. Il n’hésitait pas à ajouter au spectacle en jouant souvent coiffé d’un haut-de-forme et aussi avec un petit singe perché sur son épaule. Avec ses musiciens, il enregistre, à cette époque, plusieurs titres pour le label "Vocalion" en 1936 : "I’se A Muggin", "Twilight in Turkey" et "Here Comes The Man With the Jives".

Stuff Smith n’est pas seulement le pionnier dans l’amplification du violon, il a surtout développé un style véritablement personnel et inédit à l’époque. Surnommé "The mad Genius of the Violin" (le génie fou du violon), il faisait corps avec son instrument, révélant en une fiévreuse énergie, un sens profond du rythme et du swing. Ses notes grisantes, grinçantes, dépassant les frontières jusque-là imposées, à la limite de la dissonance, mais toujours justes et expressives, ont pu choquer bien des oreilles à l’époque. Aujourd’hui, ce violon nous est familier, sa voix rocailleuse et son swing téméraire font partie intégrante de l’histoire du jazz.

Mais le génie n’empêche pas certaines réalités humaines. Grand buveur, et consommateur de marijuana, ses excès lui causèrent des difficultés tant dans sa vie personnelle que professionnelle. Certaines de ses chansons comportent d’ailleurs un florilège d’expressions argotiques du bas New York utilisées par les consommateurs et dealers de substances illicites. Par exemple, dans la chanson "You’se a Viper", le terme "Viper" désignait, en 1930 la "Marijuana". Marié, et donc divorcé plusieurs fois, ses amours furent vraisemblablement tumultueuses.

En 1938, il apparaît dans le film "Swing Street" où il joue avec cette fameuse intense ferveur. Malheureusement cela lui apportera la mésentente avec ses musiciens et son entourage professionnel et conduira à la dissolution de sa formation musicale. Dans les années 40, Stuff Smith réapparaît avec un trio qui se produit à New York (parfois à l’Onyx Club), et Chicago. Le Trio enregistre également quelques titres en 1943-1944, mais vers 1944, sa carrière semble décliner et au début des années 50, il souffre de gros problèmes de santé dus à ses divers abus.

Il déménage en Californie où il continue à jouer, il bénéficie toujours d’un public enthousiaste et de l’admiration d’amis musiciens. En 1957, le producteur de Jazz Norman Granz, l’un de ses grands admirateurs, lui fait faire équipe avec le fameux trompettiste Dizzy Gillespie et le pianiste Oscar Peterson pour enregistrer chez le label Verve. De nos jours, cet enregistrement où l’on mesure tout le talent de ces trois grandes figures fait l’unanimité. C’est du grand art, du très grand jazz… Stuff Smith enregistrera plusieurs autres albums chez Verve et d’autres labels, jusque peu de temps avant sa mort, avec de nombreux autres grands artistes tels que l’immense Ella Fitzgerald, Ben Webster, Sun Ra, Stéphane Grappelli, Joe Venutti, pour ne citer que ceux-là.

En 1957, toujours, il réalise sa première tournée en Europe qu’il renouvellera au début des années 60. Après un bref retour en Amérique, il décide de s’installer définitivement sur le vieux continent, où il trouve le public beaucoup plus accueillant et réceptif à sa musique. Il s’installe à Copenhague au Danemark en 1965. Il voyage alors beaucoup et se produit à Londres, Bruxelles, Paris, Berlin, Copenhague. Lors d’une tournée à Paris, il tombe très malade. Les médecins qui l’examinent déclareront de son estomac qu’il est "une pièce spéciale pour le musée médical". Cependant, il se remettra et continuera à jouer jusqu’au bout. Il décède à Munich en Allemagne le 25 Septembre 1967 à l’âge de 58 ans.


Autres infos et vidéos: 

>> Vidéo Youtube (Extrait album) - Stuff Smith - You'se a Viper
>> Vidéo Youtube (Extrait album) - Stuff Smith, Dizzy Gillespie, Oscar Peterson - Thinks Ain't They Used to Be
>> Vidéo Youtube (Live) - Stuff Smith Art Ford's Jazz Party Show TV Live Big Band - 1958 
>> Video DailyMotion (Live) - Stuff Smith Jazz Party - 1958
>> Video Youtube (Live) - Stuff Smith The Montmartre Trio - 1965 - H.H. Orsten Pedersen, Kenny Drew, Alex Riel

Discographie:
Hot Jazz Violin (Jazz Legends, 1930-1940 [2004])
Complete 1936-1937 Sessions (Hep Records, [2007])
Have Violin, Will Swing (Verve, 1957)
Stuff Smith (Verve, 1957) - with Oscar Peterson
Cat on a Hot Fiddle (1959)
Black Violin MPS Records (1965)
Sweet Swingin' Stuff (with Kenny Drew, Niels-Henning Ørsted Pedersen and Alex Riel) 
(Storyville, 1965-1966 reissued as Master of Jazz Storyville, 2007)
Stuff and Steff (with Stéphane Grappelli) (1966)
Violin Summit (with Stéphane Grappelli and Jean-Luc Ponty) (1966)

Avec Dizzy Gillespie
Dee Gee Days: The Savoy Sessions (Savoy, 1951-52 [1976])
Dizzy Gillespie and Stuff Smith (Verve, 1957)

Avec Sun Ra
Deep Purple (Saturn)

Autres ressources (en anglais): 

>> Jazz.com - Biographie Stuff Smith
>> Wikimedia Commons - Photo Stuff Smith 

Stuff Smith est l'un des 57 musiciens de Jazz qui furent photographiés dans "Great day in Harlem":

>> Wikipedia.org - A great day in Harlem


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